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Chapitre Extrait: LE PRESCOLAIRE DU PRESIDENT NDONGO NDIAYE
Entre la Véranda de Grand-père et l’école arabe de Ndiamsil Pèye

En remontant le temps, en boostant ma mémoire jusqu’aux premières choses que j’ai retenues de la vie, je me rends compte que c’est le baptême de mon petit frère Serigne Mbacké Ndiaye qui est la première chose que j’ai gravée dans ma mémoire. Ce jour là, j’étais dans la case de ma grand-mère remplie par les sacs des invités. Je me rappelle, j’étais devant la porte et j’apercevais le décor à l’extérieur. Je voyais des gens sur une natte étalée avec du cola, de l’autre coté, je voyais un monsieur vêtu en tenue Baye-Fall avec un mouton. En fait, je dis en tenue Baye-Fall mais je ne savais pas ce que c’est que Baye-Fall à l’époque. Je savais que le monsieur était habillé d’un boubou aux couleurs mélangées, et il tenait le bélier. Quel âge avais-je ? Je ne le savais pas, mais avec le recul du temps, en fait, je sais que je devais avoir trois ans. J’étais devant la case de ma grand-mère qui se trouvait à gauche de la concession familiale, celle de mon grand-père Mody Diop.

La maison de mon grand-père était vaste, je dirais très vaste. Ce n’est pas parce qu’il était le chef du village qu’il s’est taillé une maison gigantesque mais je pense qu’il avait de l’argent pour construire une maison si large et en dur. Cinq mètres après l’entrée dans la maison, il y avait ce qu’on appelle le «Mbagnegathié», c’est un mur d’une largeur de cinq mètres. Après le «Mbagnegathié»,, on voyait les chambres imposantes de mon grand-père. Mon grand-père avait préféré faire deux pièces juxtaposées que dépassait une véranda pour donner de l’ombre. Il les avait faites en zing. Devant la véranda, il y avait un arbre «le mime», et après l’arbre, il y avait la case de ma grand-mère, Ndiague Seck. Evidemment à l’époque, il y avait aussi la case de mame Maréme Ndiaye, la deuxième épouse de grand-père. Je me souviens, sa porte était en face de la case de ma grand-mère. Il y avait aussi celle de mame Mbéne Gaye, la troisième épouse, elle était décalée de dix mètres par rapport à celle de mame Maréme. La seule autre case que je voyais dans cette immense maison, c’était celle de Bineta Ngom, l’épouse de mon oncle Magatte Diop. Ce jour là, ce que je retenais, c’était le mouton que tenait le monsieur. Les autres détails du baptême, je les ai oubliés.

Avec le temps, les jours qui passèrent, je dirais les mois qui se succédèrent, on commençait à me compter le nombre d’années, mais, dès que j’avais commencé à me rappeler des choses, à maitriser les choses, à savoir apprendre, je me mettais à la véranda de mon grand-père. Je me mêlais avec ses disciples à qui il enseignait le coran, donc ils avaient des tablettes, chacun avait une tablette sur laquelle mon grand-père lui écrivait des sourates. Ils apprenaient, ils étaient à plusieurs niveaux, chacun lisait et parlait à haute voix par rapport à son niveau, à ce bruit entremêlé, j’associai la mienne. Certes, je n’avais pas leurs âges, je dirais j’étais le plus petit, mais j’avais ma tablette sur laquelle mon grand-père m’inscrivait les sourates, et on m’entendait à peine dire «Wayloun-likouli, houmasati loumasati...»,.

A Quelle sourate étais-je ? La véranda de mon grand-père, je l’ai fréquentée… Mon grand-père enseignait aux enfants du village, lui, ses disciples ne faisaient pas de la mendicité comme on le voit avec les «talibés», "disciples" actuels, c’étaient des gens du village qui venaient apprendre et avant midi, après avoir récité leurs sourates, ils rentraient chez eux. Je me rappelle d’une chose, ils apprenaient plus à l’aube, il y a certaines aubes que je me levais tôt aussi comme les «talibés», et je me mettais avec eux…, ils allumaient derrière le «Mbagnegathié», un feu qui leur servait de lumière. Autour de ce feu, ils apprenaient à l’aube, ils lisaient au petit matin le coran. Certes, Dieu a dit la lecture du matin est importante, eux aussi, ils s’y étaient mis. Le bois qui servait à leur éclairer à cette heure, c’étaient eux-mêmes, les «talibés», , qui partaient le chercher dans la brousse. Ils partaient ramasser des fagots de bois, ensuite ils venaient le poser et à l’aube, ils l’allumaient pour s’en servir de lumière pour apprendre leurs versets coraniques. Je sais que la véranda de mon grand-père, je l’ai fréquentée quelques années, je devais commencer vers trois ans - quatre ans et je l’ai fréquentée jusqu’à cinq ans. C’est à partir de cette année que des maîtres arabes venaient enseigner l’arabe aux enfants du village, c’étaient des gens qui venaient d’autres parties du Sénégal, ils venaient du Saloum. En ce moment là, je ne connaissais ni le Saloum, ni le Baol, tout ce que je connaissais, c’est que je les identifiais par rapport à leurs accents, il y a des accents qui sont typiques à certaines régions. Je me rappelle, il y avait un maître, Mr Sibor, qui avait un accent et on me disait c’est un accent typiquement saloum-saloum. Chaque fois qu’il parlait, il terminait par un «ai»,, on me disait c’est ça. Il y avait aussi un autre maître qui s’appelait Mr Mbengue.
L’école arabe n’était pas compliquée, c’est une grande salle que les ainés avaient faite avec à l’intérieur, deux rangées de bancs. Elle se trouvait à l’entrée du village du coté de Keur Samba Kane. C’était à dix mètres du village. D’ailleurs, c’est là-bas où on a construit aujourd’hui l’école française. A l’époque, Ndiamsil Péye n’avait pas d’école française et pour apprendre le français comme l’ont fait mes oncles Baba et Goumba Diop, il fallait partir ailleurs. L’école arabe enseignait l’arabe aux enfants du village, c’était une école animée où il y avait beaucoup d’élèves, il y avait des élèves de notre maison, mes oncles Idrissa et Ibrahima, la fille de mon oncle Anta, et moi, il y avait aussi les enfants de l’imam du village mame Modou Ndiaye, Saliou et Abdou Karim, les enfants de tout le village, et ceux de villages environnants. A l’école arabe, nous n’avions plus de tablette mais nous achetions des cahiers sur lesquels nous écrivions les leçons et nous apprenions. Moi, j’étais marqué par un élève, il s’appelait Abdoulaye Diagne, Abdoulaye était certes plus âgé que moi de deux ou trois ans mais il était brillant.

Le programme de l’école arabe, c’était tout ce qui s’enseigne enh… le premier pas, c’était l’alphabet arabe, après l’alphabet, c’était la lecture des livres, donc nous achetions aussi des livres tels le «Tilaw-al-arabia», : al-aweul, al-sany,… Moi comme j’étais à la première étape, c’était «al-aweul», qui était mon livre. Sur le tilawal, il y avait des images qui nous illustraient les choses et en dessous, nous voyions les noms écrits en arabe. C’est comme ça que nous enseignait le maître. Par exemple, on voyait un chien dessiné on disait kalboun, on voyait une clé dessinée on disait miftaoun, on voyait un lion dessiné on disait assadoun, on voyait un singe dessiné on disait khirdoun, on voyait un pain dessiné on disait khoubsoun, etc. C’est comme ça que nous apprenions et nous maitrisions plus vite… Sinon nous apprenions aussi à compter « wahit, isnaini, salas, arbaha, … », nous faisions aussi le calcul « isab ». Nous faisions la géographie, je n’en retiens pas grand-chose mais je sais que c’était juste la géographie qu’on apprend en français, ce qui changeait c’était à la place de l’apprendre en français nous l’apprenions en arabe. A l’école arabe nous faisons aussi de l’éducation physique, je dirais plutôt de la gymnastique, évidemment on disait «danuy madjie»,. A l’heure des prières, nous faisions nos ablutions, nous nous mettions devant l’école et le maître nous dirigeait la prière, ensuite nous formulions des prières pour nous: «Rabana atina fi dounaya assanatan, wa fil akhirati assanatan wakhina asabanar…», ainsi de suite.

A l’école arabe, nous apprenions le coran aussi comme chez mon grand-père et à la fin de l’année nous faisions une conférence. Je me rappelle de la première conférence arabe que j’ai faite, je me rappelle de la sourate que j’avais récitais, c’était «Lah oukhasimou bi-khasal-balad», et j’étais content ce jour là, j’étais vêtu en tout blanc. Je me rappelle aussi d’une année où mon cousin Ndiaga Diaw était venu de Keur Samba Kane avec son cahier de leçon et il nous avait trouvés à l’école arabe Idrissa, Ibrahima et moi. Il faisait la classe de CE1 de l'école française. Par curiosité, j’avais ouvert son cahier pour voir à quoi ça ressemblait, mais ce que je voyais n’était pas loin des «Tanku diargogne - Pattes d’araignée»,. C’est-à-dire une suite de «e», collés. Comme si on donnait à un chat une pelote de fil et lui demandait de tricoter, le résultat n’était pas différent.


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